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La Courtine 1917
Lumière sur les évènements survenus en 1917

Site de l’association La Courtine 1917 .À la mémoire des 10000 soldats russes de la première brigade internés au camp de La Courtine du 26 juin au 19 septembre 1917 . Ils y furent militairement réprimés , eux qui s’étaient mutinés contre la poursuite de la guerre , exigeant leur rapatriement en Russie révolutionnaire .

L’HISTOIRE et le ROMAN (1) : quel intérêt pour nous, pacifistes ?

par Christophe
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Un article de Michel Patinaud

Cet article [en 4 parties] est la synthèse d’un premier, écrit en juillet 2015, après l’assemblée générale, traitant du lien possible entre histoire et romanesque. Puis de deux autres - postérieurs de 2 ans - nés de la rencontre avec deux auteures, membres de notre association : Corine Valade (« Léopoldine ») et Liliane Fauriac (« Après Marienburg ». Et enfin, le récit de Raymond Masai (« Le carnet de Nicolaï »). Un heureux concours de circonstances nous permet de vous proposer une prolongation du premier propos, ces 3 romans s’inscrivant parfaitement dans la continuité du premier article. Les trois romancier(e)s seront avec nous durant les journées du Centenaire.

[Le « temps » de l’écriture n’a pas été modifié, le présent de 2015 reste au présent]

[juillet 2015] Une de nos amies, Corine Valade, a rapidement présenté son travail et son ambition de romancière. Elle travaille à une oeuvre qui mettra en scène des soldats russes. Cela me rappelle des articles évoquant sur notre site, les relations entre l’Histoire, dite parfois maladroitement « la grande », et la fiction. Y était rappelés Jean Giono, et son ami « Ivan Ivanovich Kossiakoff », vrai soldat russe, mais aussi personnage de fiction romanesque. On nous a également parlé d’enseignement, de chansons, voire de théâtre. Et nous allons avoir du pain sur la planche, pour préparer des « commémorations ». Nous aurons d’ailleurs peut-être du mal à nous mettre d’accord sur le « bon » terme. Des moments forts de mémoire en tout cas [Centenaire, septembre 2017].

Voici ce qui m’est venu à l’esprit. Nos historiens vont travailler sur des archives, de toutes sortes. Françaises, diplomatiques, militaires ou familiales. Là on se rapproche de l’humain. Egalement archives américaines (celles qui ont « atterri » à l’Université de Columbia), ou russes (« çà va être coton, mon colonel »). Ce travail, sans doute rigoureux, les publications, évidemment de grande qualité, tout cela est nécessaire, mais doit être dépassé. Parce l’Histoire « classique » est trop souvent désincarnée, si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Trop austère.

En écoutant Corine, en pensant à Claudine et Eric qui nous proposent des souvenirs racontés, des films ou des photos, je m’interroge : qui se cache derrière ces centaines de clichés ? Des milliers de « moujiks » dont la vie a été brisée (provisoirement pour la majorité sans doute), en tout cas, tellement bouleversée que beaucoup sont restés chez nous. Ainsi le fameux Globa, dont on ne sait quasiment rien, sauf que passé par l’île d’Aix, il a survécu au drame, est retourné chez lui, où il est mort en 1929. Son histoire mérite-t-elle d’être racontée comme une fiction ? Sous un autre nom ... Et tous ces Anton, Grigory, Ivan, Piotr ... dont on ne connaît que les visages et leurs casquettes de travers, leurs accordéons, leurs bottes soignées .... Leur vie n’a pas été ordinaire, quelques-uns reposent en terre creusoise, à l’île d’ Aix, ou dans l’est de la France .. D’autres ont peut-être prolongé l’horreur au Goulag, ou vécu paisiblement à Nijni-Novgorod. Voilà de la matière pour le romancier, qui a je pense autant sa place parmi nous que l’historien. Parce qu’il peut mêler la vie de ces braves gens à ceux qui les ont commandés, aux politiques et aux généraux responsables de tant d’ignominies. Croiser aussi ce pauvre ouvrier lorrain qui a peut-être dû actionner un canon en ce triste 19 septembre ...
Pour illustrer cet article, j’ai choisi volontairement un auteur controversé, crapule d’homme, mais écrivain formidable. Comme lui, nos moujiks sont passés par un – ou des – « voyages au bout de la nuit », mais heureusement un très grand nombre ont vu ensuite le jour se lever. Cela mérite être raconté, en toute liberté. Prendre des libertés
avec l’Histoire ? Oui et non, c’est comme le bien et le mal, çà se discute ! Et les lignes qui suivent, est-ce de l’Histoire ou de la fiction ? Les deux mon général ! Parle-t-on de français ou de russes ? A vous de voir...
« On faisait la queue pour aller crever. Nous finîmes tous par coucher en pleins champs, général ou pas. Ceux qui y avaient encore un peu de coeur l’ont perdu. C’est à partir de ces mois-là qu’on a commencé à fusiller des troupiers pour leur remonter le moral, par escouades, et que le gendarme s’est mis à être cité à l’ordre du jour, pour la manière dont il faisait sa petite guerre à lui, la profonde, la vraie de vraie ».
Ceci m’amène à évoquer ce que je crois une nuance importante, entre « roman historique » et « histoire romancée ». Le premier type est très connu, à travers d’innombrables productions d’Alexandre Dumas à aujourd’hui. Il consiste à présenter des personnages de fiction, et une intrigue, dans un contexte historique. Ce procédé narratif sert-il l’Histoire ou s’en sert-il ? A chacun de juger. Je pense que permettre la vulgarisation de faits historiques est une bonne chose pour nos combats. Lorsque j’étais prof, j’ai souvent utilisé de extraits de romans (voir ce qui concerne Giono). Ce principe accrochait beaucoup les jeunes consciences.
Toutefois, je vois une autre manière d’envisager les événements historiques. Elle consiste à prendre des personnages réels, dont on sait peu de choses, et à essayer de leur donner vie. Ce n’est pas tricher avec la vérité, lorsqu’on ne la connaît pas. Le cinéma s’est très souvent emparé de cette démarche.
Ainsi, je dis OUI à la romance, si elle peut aider à ouvrir les coeurs, et à comprendre, et à ne pas recommencer.
Michel PATINAUD



Livres sur le sujet :

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Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999)

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 Les Mutineries de 1917

De Guy Pedroncini , Publications de La Sorbonne ,1967 .

Les damnés de la guerre .

Les crimes de la justice militaire (1914-1918) .

De Roger Monclin , (...)

La Mutinerie De La Courtine. Les Régiments Russes Révoltés En 1917 Au Centre De La France. de Poitevin Pierre

Auteur : POITEVIN PIERRE

Editeur : Payot

Parution : 01/01/1938

HISTOIRE DES SOLDATS RUSSES EN FRANCE 1915-1920

de Rémi Adam .

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