Bandeau
La Courtine 1917
Lumière sur les évènements survenus en 1917

Site de l’association La Courtine 1917 .À la mémoire des 10000 soldats russes de la première brigade internés au camp de La Courtine du 26 juin au 19 septembre 1917 . Ils y furent militairement réprimés , eux qui s’étaient mutinés contre la poursuite de la guerre , exigeant leur rapatriement en Russie révolutionnaire .

Ils furent envoyés au repos....
Article mis en ligne le 23 avril 2014
dernière modification le 24 avril 2014

par molo
logo imprimer

Après la meurtrière offensive Nivelle mon grand-père Michel est avec les survivants du corps expéditionnaire russe officiellement " envoyé au repos ". La réalité fût tout autre...

C’ est une plaine à proximité de Lure en Haute-Saône. Une vaste zone d’activités jouxte des terres agricoles. Alain Guillaume membre de la Société d’ histoire et d’ Archéologie de Lure m’ attend sur un parking à l’ entrée de la commune de Roye.
Il me montre un petit batiment gris : " C’est l’ancienne gare. Le chemin de fer passait par ici. Un tortillard que l’on pouvait rattraper en courant si on était en retard ! "
Au delà il me désigne une rangée de sapins. "C’est là-bas que se trouve la carrière où votre grand-père a travaillé "
Nous traversons un grand pré et nous approchons d’un bois délimité par des barbelés.
On distingue encore le remblai de la voie ferrée envahi par la végétation.
Au coeur des frondaisons j’ aperçois une sorte d’immense étang.
" Les eaux ont rempli le grand trou de la carrière creusé par les russes. C’ est assez profond. Ils extrayaient des pierres pour faire du béton et empierrer les routes"
J’ose la question : Vous saviez que des soldats russes ont travaillé ici de fin 1917 à fin 1919 ? " Non, aucun souvenir de leur présence. Il aurait fallu interroger les anciens mais ils sont tous morts."

Après la meurtrière offensive Nivelle d’ avril 1917 où les russes laissèrent la moitié de leurs effectifs sur le champ de bataille pour reprendre le village de Courcy ( Un des rares objectifs atteints ! ), ils créèrent en toute légalité des comités de soldats conformément au prikaze N°1 du soviet de Petrograd, decrété à l’issue de la révolution de février par le gouvernement provisoire dirigé par Kerensky. Les soldats du corps expéditionnaire exigèrent leur rapatriement en Russie. Refus des autorités françaises et à leur décharge, de Kerensky qui ne souhaitait pas ce retour dans l’ immédiat. Les soldats du corps expéditionnaire exprimèrent leur mécontentement en défilant le 1er mai 1917 avec des drapeaux rouges et des bannières imprimées du mot " Liberté "
Mon grand-père Michel Molodtzoff était pendant ce temps soigné à Saint-Malo après avoir reçu un éclat d’obus dans l’ épaule.
L’ Etat-major français jugea plus sûr d’évacuer ces insoumis d’ abord vers Neufchâteau dans les Vosges puis La Courtine dans la Creuse. C’est dans ce camp qu’ ils furent bombardés et réprimés en septembre 1917 par des troupes loyalistes armées par les français. Le soldat Michel Molodtzoff du 2ème régiment d’infanterie refusa de retourner au front et échappa à la déportation en Algérie. Sans doute n’ était-t-il pas considéré comme un "meneur ". Comme la grande majorité des mutins il n’eut d’autre choix que d’accepter la 3ème proposition : Intégrer une compagnie de travail. C’est ainsi que pendant 2 ans il cassa des cailloux dans la carrière au lieu-dit " La Verrerie " près de Lure. La photo le montre debout au milieu de ses camarades d’infortune, la pipe au bec , juché sur un tas de pierres. Une image qui n’est pas sans rappeler le bagne et le " camp d’épreuve " pour fortes têtes. Quelles étaient ses conditions de vie ? Les règles en vigueur ? Pouvait-il sortir ? avoir des contacts avec la population ? A voir les lieux, j’en doute. Le site de la carrière est encore aujourd’hui isolé des premières habitations et les autorités qui ont beaucoup appris de l’ expérience de La Courtine voulaient sûrement empêcher toute relations amicales voire des fraternisations avec la population locale comme ce fût le cas dans la Creuse.
Cela explique je pense le fait que leur présence n’a laissé aucune trace dans la mémoire locale.
Ainsi, l’ histoire officielle ne retient que " la mise au repos " des soldats russes après leur participation sanglante à l’ offensive Nivelle. C’est en tous cas la version présentée lors de l’exposition dédiée au corps expéditionnaire russe et que j’ai visité en 2008 au fort de la Pompelle près de Reims.Si je devais forcer le trait je dirais : Circulez, il n’y a rien à voir ! Et bien pour ma part, il y a beaucoup à voir. D ’abord dans la photo noir et blanc de ces hommes posant dans un cadre qui pourrait rappeler Cayenne les palmiers en moins, et sur le site de la carrière tel qu’il subsiste aujourd’hui. Les tas de pierres couvertes de mousse racontent la présence encore visible des ces hommes naufragés de l’histoire, réprimés pour avoir osé dire " non à la guerre "

Le 23 avril 2014

P.S. :

Lure



Livres sur le sujet :

Le journal de Stéphane Ivanovitch Gavrilenko de Rémi Adam

Paru le 30 octobre 2014 :

« Le journal de Stéphane Ivanovitch Gavrilenko » (...)

« Faits divers » d’Henri BARBUSSE

Publié en Février 1928 aux éditions Flammarion .

Dans ce recueil, figure un (...)

De Russie en Occident, échos d’une vie , L. Weber-Bauler.

« Échos d’une vie - De Russie en Occident »

de Léon Nikola Evitch (...)

Le temps retrouvé du soldat russe Anissim Ilitch Otmakhov

France 1916 - 1920

Afin de donner au lecteur un récit plus agréable à (...)

Le « camarade rousky » de Jean Giono

Un article de Michel Patinaud

Dans sa nouvelle peu connue « Ivan (...)

Creuse 1917, Histoire du soviet de La Courtine

Parayre (Régis) : « Creuse 1917, Histoire du soviet de La Courtine », (...)

14-18 les refus de la guerre d’André Loez

André Loez : 14-18 les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Paris, (...)

Les carnets de Stéphane Gavrilenko

« Les carnets de Stéphane Gavrilenko. Un soldat russe sur le front de (...)

La première guerre mondiale de Pierre Renouvin .

Il s"agit du "Que sais-je ?" N° 326 .P U F .

Ma Vie de Léon Trotsky

Rieder, 1934. 256 pages

Dix jours qui ébranlèrent le monde .

De John Reed .EDITIONS SOCIALES, 1958. 381 pages .

La Grande Guerre de Pierre Miquel .

Paru en 2008 aux éditions Fayard dans la collection Histoire (...)

With Snow on Their Boots

The Tragic Odyssey of the Russian Expeditionary Force in France During (...)

Héros et mutins : les soldats russes sur le front français 1916-1918

Présenté par Eric Deroo et Gérard Gorokhoff , Gallimard-DMPA, 2010 (...)

1917, la révolte des soldats russes en France

De Rémi Adam , 2007 Éditions lbc , collection Histoire .

Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999)

De Nicolas Offenstadt , Paris : Odile Jacob , 2000 .

Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918

Préface de Rémy Cazals, première édition : Maspero, 1978 ; rééditions Éditions (...)

 Les Mutineries de 1917

De Guy Pedroncini , Publications de La Sorbonne ,1967 .

Les damnés de la guerre .

Les crimes de la justice militaire (1914-1918) .

De Roger Monclin , (...)

La Mutinerie De La Courtine. Les Régiments Russes Révoltés En 1917 Au Centre De La France. de Poitevin Pierre

Auteur : POITEVIN PIERRE

Editeur : Payot

Parution : 01/01/1938

HISTOIRE DES SOLDATS RUSSES EN FRANCE 1915-1920

de Rémi Adam .

HISTOIRE DES SOLDATS RUSSES EN FRANCE 1915-1920

Les (...)



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.22